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La tomate de serre et la tomate de jardin

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Une fable agroalimentaire de Madame Cosinus.

Au faîte de l’été la tomate de serre
Invite la tomate de jardin
D’une façon fort sincère
A un repas des plus divins.

C’est ainsi que la modeste tomate de jardin, avec son baluchon et ses pieds plein de purin, foule pour la première fois le sol d’une mégalo-serre, le sol de la métropole maraîchère dont elle avait tant entendu parler. Et ça lui fait tout un effet de serre. Son amie l’accueille dans son 4-et-demi hydroponique, tout équipé de bébelles technologiques. Nul doute que la tomate de serre est une tomate geek. Et puis elle n’est pas poquée des vers cette tomate de serre, elle est brillante, oh combien branchée et formidablement bien cultivée. Dans des conditions optimales de température et d’humidité. Alors que la tomate de jardin, elle, sent le purin d’ortie. Ce soir toutes deux seront de sortie, elles rencontreront des variétés métissées-greffées dans des cyber-cafés, elles croiseront dans la rue le regard hybridé des cultivars de la résistance, et assisteront, ébahies, au grand retour des variétés ancestrales. Ça va être un festival, jamais on ne la croira, la petite tomate de jardin, une fois de retour dans son potager. Là où les légumes âgés dans le fond des rangs se connaissent par le nom de leurs parents.

Plus tard dans la nuit, toute blottie dans des draps en fibre de coco, la tomate de jardin baignera dans une atmosphère d’écho, légèrement phosphorée, attendant que l’eau lui tombe tout cuit dans le bec, comme du plaisir en intraveineuse. Elle n’aura même pas besoin de chercher sa lumière, on la lui donnera, toute entière. Du haut de sa couchette hors-sol, elle aura peut-être le vertige. À ne plus quoi savoir faire de sa tige, et de ses drageons qui sondent habituellement vers l’espoir d’une réaction photosynthétique. Non, au travers du silence anonyme des monocultures, elle n’entendra pas de chants qui bruissent au vent. Aucun juron de maraicher. Aucune limace éméchée.

Et elle pensera avec émotion à ses petits cotylédons, laissés là-bas, exposés aux vents, aux grêlons. La vie est dure dans le fond des sillons d’un potager, il faut apprendre à partager le poids de l’adversité. Et ces petits cotylédons… ils ont peut-être reçu un peu trop d’azote, leur jardinier n’est peut-être pas très doué, mais ils ne meurent pas de faim, et chaque matin, on vient leur pincer les bourgeons à la main. Dans un jardin pareil, oui, on ne dort que d’une oreille. Mais pendant la journée on se laisse cramoisir par le soleil jusqu’aux dernières lueurs de l’été, où on se laissera saisir avec plaisir par la main d’un jardinier satisfait. La tomate de serre, elle, aura mûri avant même d’en avoir eu envie. En plus elle n’aura jamais appris à attendre qu’on la mange avant de décliner, alors elle ne tiendra pas plus de trois jours, une fois déconnectée.

Ainsi, la tomate de serre et la tomate de jardin, tantôt remplies de vide, tantôt remplies de ce divin jus acide, déploient sous nos papilles une fable agroalimentaire, une fable de terre et de serre, sans nous en donner la morale. Parce qu’au final, c’est nous qui décidons où planter la graine.

Pour en savoir davantage sur Mme. Cosinus et pour découvrir ses autres récits, cliquez ici!


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